Rouen accueille un bouillon italien et ça mérite qu'on en parle

Il y a des tendances qui se chevauchent et ça donne quelque chose de sympa. Et puis il y a des tendances qui se chevauchent et ça donne… un « bouillon italien ».

C’est ce qui a débarqué à Rouen. Et on a quelques questions.

Le bouillon, c’est quoi d’abord ?

Pour ceux qui auraient raté l’épisode : le bouillon, c’est une institution française née à Paris au XIXe siècle. Des grandes salles Belle Époque, des banquettes en moleskine, une carte courte avec des plats qui ont cent ans de savoir-faire derrière eux, œuf mayo, poireaux vinaigrette, pot-au-feu, profiteroles. Le tout à prix populaire.

C’est pas un « concept ». C’est une histoire. Celle des ouvriers parisiens qui avaient besoin de manger bien et pas cher. Le Bouillon Chartier, ouvert en 1896, en est le symbole vivant.

Le terme « bouillon » ne désigne donc pas juste un décor chaleureux ou une ambiance conviviale. Il désigne quelque chose de précis, d’ancré, de français, profondément français.

Donc un bouillon… italien ?

On veut bien être ouverts d’esprit. Vraiment. Mais là, il faut appeler un chat un chat.

Coller le mot « bouillon » sur un restaurant de cuisine italienne, c’est surfer sur deux vagues en même temps en espérant que personne ne regarde trop attentivement. Le terme « bouillon » cartonne en ce moment, il évoque le fait-maison, la générosité, le bon rapport qualité-prix, la nostalgie. L’italien, de son côté, reste une valeur sûre, la cuisine préférée des Français.

Résultat : un nom qui rassure, qui attire, et qui ne veut… rien dire.

C’est un peu comme ouvrir un « Sushi Brasserie Alsacienne » parce que les sushis marchent bien et que la choucroute aussi. Ou un « Ramen Provençal ». Ça sonne bien. Ça ne tient pas deux secondes à l’examen.

Le problème, c’est pas la cuisine italienne

La ville en compte déjà de très bons et franchement, on adore ça. Certes, l’italien est devenu la grande mode rouennaise ces derniers temps, mais on est convaincus qu’il y a de la place pour tout le monde. Les nouveaux arrivants trouveront leur public, à condition d’assumer ce qu’ils sont.

Et c’est là le vrai sujet. Le problème, c’est l’habillage. C’est emprunter l’identité d’une tradition française populaire pour vendre autre chose. Un restaurant qui assume pleinement sa cuisine italienne, une bonne trattoria rouennaise, une table généreuse, un comptoir à pâtes, n’a pas besoin d’un emprunt culturel pour exister. Il lui suffit d’être bon.

À Rouen, on aime les vraies histoires

Après la cathédrale gothique et le beurre blanc, Rouen peut désormais revendiquer une autre invention : le bouillon italien.

Notre ville a une vraie scène culinaire, des adresses qui ont du caractère, des restaurateurs qui bossent sérieusement. Elle mérite des concepts qui assument ce qu’ils sont pas des noms conçus pour endormir le radar des clients.

Alors si vous passez devant ce « bouillon » : profitez-en peut-être, si la cuisine est au rendez-vous. Mais gardez les yeux ouverts. Un bouillon sans histoire française, c’est juste un restaurant avec un joli nom.